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Le drame du facilitateur graphique

Qu'est ce qui fait la valeur de la facilitation graphique: plutôt son résultat, le produit dessiné ou le processus qui y conduit ?

Le drame du facilitateur graphique est aussi ce qui fait sa valeur et son originalité : c’est le dessin.

Je présente les choses sous cet angle, volontairement de manière provocante. Car contrairement aux apparences, un facilitateur graphique ne « vend » pas un dessin : il vend un processus de travail.

Le dessin en facilitation graphique est à la fois:

  • la technique avec laquelle le facilitateur graphique rend compte des contenus qu’il entend en fonction des objectifs de l’atelier, la réunion ou l’évènement auquel il assiste
  • et le produit final (fresque ou ensemble de templates visuels)

mais le plus important, c’est le processus de travail que sous-tend cette technique et ce résultat: c’est à dire la manière dont le facilitateur graphique va utiliser le dessin pour aider le groupe :

  • soit à travailler encore plus vite que dans un atelier facilité sans recours au visuel (par l’intermédiaires de templates visuels préparés sur mesure pour accompagner le déroulé de l’atelier),
  • soit à aller plus loin par exemple en faisant des propositions visuelles pendant un brainstorming,
  • soit encore à formaliser plus rapidement le produit d’une ou plusieurs journées de travail.

L’essentiel du bénéfice de la facilitation graphique est donc dans le processus qui est mis en oeuvre (et qui peut être très variable en fonction des situations) et dans la façon dont le dessin servira au mieux le travail d’un groupe dans l’instant.

Processus versus produit facilitation graphique Axelmage

Le pire à mon avis, est de demander à un facilitateur graphique : de s’installer au fond d’une salle dos à un groupe pour prendre en notes visuelles une conférence, et de ne jamais avoir l’occasion de présenter au groupe sa production ni d’en obtenir un retour; production, qui finit dans le meilleur des cas affichée dans un couloir et dans le pire à la poubelle…Dans ce cas extrème, le client, à mes yeux, passe à côté de l’intérêt de la facilitation graphique pour ne voir que le produit fini (sans exploiter celui-ci comme il pourrait l’être, c’est à dire à minima pour servir la mémoire du groupe et l’ancrage des discussions).

D’ailleurs, de plus en plus souvent, des clients me demandent de fournir un « book » de mes productions, comme on demanderait à un artiste de le faire, il me semble que c’est le signe d’une méconnaissance de ce qu’ils pensent acheter (Encore une fois : la facilitation graphique vend un processus de travail et non un produit.) mais on ne peut guère leur en vouloir, car, néanmoins, la forme que prend la production du facilitateur graphique est bien un dessin ou des dessins, et au moment de faire la promotion de son travail, il est inévitable pour un facilitateur graphique d’en faire état, en totalité s’il le peut, sinon partiellement. Je suis la première à le faire, même si j’essaie – quand c’est possible – de remettre des éléments de contexte autour des images présentées, de manière à montrer la variété des utilisations qu’il est possible de faire de la facilitation graphique.

De plus, même si le dessin n’est pas l’essentiel du métier, comme ce post en défend l’idée, la forme que prend la production du facilitateur graphique est néanmoins importante :

  • Dans la qualité graphique tout d’abord: oui, il n’est pas nécessaire de savoir bien dessiner pour être un facilitateur graphique, ET … la qualité graphique participe au plaisir que le groupe a de le lire, de s’y projeter, de se l’approprier et d’en être fier,
  • Dans la nature de l’information captée ensuite, car ce que chaque facilitateur graphique retient de l’information entendue et la manière dont il le met en forme dépend très largement des « modes opératoires de chacun » (ou « excellence dans l’action« ), c’est pourquoi il n’est pas non plus inutile de montrer à quoi peut ressembler la production finale du facilitateur en fonction des objectifs poursuivis par les commanditaires.
  • Dans la capacité suggestive enfin des images choisis, des liens faits et des métaphores utilisées, qui sont de nature à « embarquer » ou non un groupe.

Pour conclure ce post, je ne dirai pas seulement : le processus est important et le produit dessiné qui en résulte aussi, mais plutôt que:

je fais la promotion d’une utilisation de la facilitation graphique au mieux du service qu’elle peut rendre, en défendant l’idée que son intérêt est dans la façon dont elle sera mise en oeuvre, dans la nature des informations qui figureront sur le livrable, leur degré de précision et de complétude et leur organisation spatiale plus ou moins clarifiante pour le client.