Sketchnoting

Sketchnoting et facilitation graphique

23 février 2022
Sketchnoting et facilitation graphique

Souvent employés comme synonymes, les pratiques du sketchnoting et de la facilitation graphique recouvrent pourtant des pratiques différentes.

Le terme sketchnoting, mot à mot en français : « prise de notes visuelles », est un anglicisme utilisé pour la première fois par Mike Rohde en 2006 :

Sketchnotes are rich visual notes created from a mix of handwriting, drawings, hand-drawn typography, shapes, and visual elements like arrows, boxes, and lines.

Le sketchnoting est donc une technique de prise de notes pour soi sur n’importe quel sujet avec des mots et des dessins sur un petit format, digital ou papier. Il s’agit de mettre par écrit, à la main, à l’aide de mots, symboles, dessins, lignes, des contenus vus, entendus, perçus, pour en garder une trace matérielle et la consulter plus tard.

Le mot sketchnoting est plus populaire que celui de facilitation graphique, bien que la pratique de la facilitation graphique soit antérieure à celle du sketchnoting. Elle est, en effet apparue aux Etats-Unis dans les années 70. (Voir à ce sujet l’article en anglais d’un de ses fondateurs, David Sibbet, rappelant l’histoire de la naissance de cette discipline : A graphic facilitation retrospective)

Sketchnoting et facilitation graphique : la prise de notes

sketchnoting-axelmage

Le sketchnoting est principalement comme son nom l’indique une activité dédiée à la PRISE DE NOTES mais POUR SOI.

La facilitation graphique, elle, inclut une activité de prise de notes POUR TOUS, qui porte le nom de graphic recording ou scribing. Elle ne se réduit cependant pas uniquement à cette activité. (Pour creuser ce point, voir l’article sur les différences entre facilitation graphique, graphic recording, et autres pratiques du dessin…)

Prendre des notes pour TOUS est sensiblement différent de prendre des notes pour SOI car dans le premier cas, il s’agit d’une part d’être fidèle à ce qu’on entend (voire exhaustif) et d’autre part de chercher un moyen de faciliter la compréhension des informations pour les personnes qui vont regarder les fresques de scribing.

Au contraire, le sketchnoting, dans la mesure où il s’agit de prendre des notes pour soi, n’exige pas d’être fidèle aux propos entendus, ni exhaustif, ni clair pour les autres.

D’autre part, il y a la question du format : le sketchnoting se fait sur un petit format (carnet ou tablette). Le graphic recording se fait sur de grandes surfaces (plusieurs mètres carrés).

Sketchnoting et facilitation graphique : le format

Le rapport à l’information n’est pas du tout le même entre les sketchnotes et les fresques de facilitation graphique.

Car même si vous projetez des sketchnotes digitales sur un écran, en même temps que vous les réalisez vous n'obtiendrez pas l'équivalent d'une grande fresque de scribing de plusieurs mètres de long. La lecture de sketchnotes projetées sera limitée par la taille de l'écran.

Le fait de zoomer pour rendre visible chaque partie si la sketchnote est grande fera perdre une vision d’ensemble qui est un des bénéfices les plus grands de la facilitation graphique.

 Au contraire, quand vous pouvez avoir un rapport physique à une fresque de facilitation graphique : la parcourir, l'approcher, lire des détails et se reculer pour voir l'ensemble, vous avez une approche complètement différente de l'information ainsi cartographiée, comme le montre la photo ci-dessous où des participants d'une réunion collaborative collent des commentaires sur une fresque de facilitation graphique.

sketchnoting et facilitation graphique

Sketchnoting et facilitation graphique : une même boite à outils ?

sketchnoting-facilitation-graphique-vocabulaire-visuel

Un point commun à la facilitation graphique et au sketchnoting : dans les 2 cas, il s’agit d’utiliser le dessin comme mode de représentation de l’information.

Pour cela facilitateurs graphiques et sketchnoteurs puisent dans un vocabulaire visuel composé de mots écrits avec des typographies différentes, de formes (lignes, cercles, boites, traits), et de dessins (de toutes sortes, plus ou moins stylisés en pictogrammes ou non).

Le vocabulaire visuel

Quelques différences cependant dans le vocabulaire graphique employé :

Mike Rohde distingue 11 éléments dans lesquels puiser pour composer des sketchnotes : les titres, icônes, typographies, l'écriture manuscrite, les séparateurs, les flèches, les schémas et dessins, les listes à puces, les contenants, les bulles, les signatures.

Tandis que David Sibbet définit 7 familles de vocabulaire visuel : les écritures et les nombres : tous manuscrits par définition, quelque soit leur usage (titre ou non) et leur typographie, les dessins de tous types et de tous styles : pictogrammes, schémas, dessins stylisés ou détaillés, les listes à puces, les contenants de tous types : les cadres, les boites, les formes servant de contenant, les bulles, les connecteurs et séparateurs : flèches et traits, les couleurs, les ombres.

Il y a donc des éléments communs dans le vocabulaire visuel entre le sketchnoting et la facilitation graphique et des éléments différents : les ombres et la couleur en facilitation graphique sont explicitement cités dans le vocabulaire visuel et y ont un rôle (celui de mettre l'accent sur des élcolonneéments, de rendre encore plus lisible l'information), les signatures en revanche non.

La mise en page, l'organisation de l'information

sketchnoting-facilitation-graphique-modeles-visuels

Concernant le sketchnoting, Mike Rohde met en évidence 7 modèles de base qui constituent des façons, parmi d'autres d'organiser l'information : en diagonal, rayonnant à partir d'un centre sur le mode du mind mapping, vertical et un autre proche : en colonnes, sous la forme d'un parcours, en tableau et enfin le mode pop-corn, c'est à dire en zones éclatées sur la page.

Pour la facilitation graphique, les modèles visuels mis en évidence par David Sibbet sont des modèles pour structurer l'information dans un contexte particulier qui est celui de l'animation d'ateliers collaboratifs. C'est à dire des modèles qui vont servir à créer des supports visuels utiles pour la facilitation d'ateliers collaboratifs. Les modèles sont au nombre de 7 : le poster, les listes, les pôles (l'équivalent du modèle pop-corn de Mike Rohde), les tableaux, les diagrammes, les métaphores et les mandalas.

Concernant la structuration visuelle, les deux éléments importants à retenir sont :

  • Elle doit mettre en évidence l'enchainement logique de l'information, autrement dit : on structure en fonction de ce qu'on veut dire : forme et sens sont liés. Par exemple si vous avez 3 orateurs qui parlent les uns après les autres de 3 sujets différents, vous pouvez utiliser le modèles en colonne (une par orateur) ou le modèle en ligne (une par orateur) ou en pôle (un bloc par orateur)... mais si cesont 3 personnes qui parlent de la même chose, vous aurez peut être intérêt à utiliser un autre modèle qui mette en valeur les points communs dans leurs propos et les points de divergence ou qui mette en valeur le contenu plutôt que les orateurs.
  • Elle doit montrer une image globale avant de rentrer dans les détails : autrement dit une page couverte de dessins dans tous les sens va rebuter le lecteur, alors qu'une page organisée où il reconnait des grandes masses avant de rentrer dans le détail, va encourager une personne à lire l'information ainsi représentée.

Sketchnotes et facilitation graphique : les mêmes usages ?

On appelle maintenant un peu indifféremment "facilitation graphique" toute production de visuels dessinés à la main dans les organisations quelque soit leur usage et leur nature, d'où la confusion entre sketchnoting et facilitation graphique.

Les auteurs Mike Rohde, Isabelle Pailleau, Philippe Boukobza, Audrey Akoun, Béatrice Lhuillier, Céline Pernot Burlet ont publié des ouvrages montrant différents usages du sketchnoting comme par exemple : carnets de voyage, recettes de cuisine, planification de la semaine, réflexions, présentation d'un sujet... en réalité tous les sujets sont susceptibles d'être communiqués avec un mélange de mots et d'images dessinés.

Plaisir d'apprendre avec le sketchnoting

La prise de note est un sujet bien connu dans le cadre éducatif où régulièrement on se penche sur la question d'apprendre aux élèves à bien prendre des notes. Des expérimentations ont été menées par l'Education Nationale pour utiliser le sketchnoting dans un cadre pédagogique et en Belgique où cette pratique a été vue comme un moyen de "réenchanter les apprentissages".

Le sketchnoting a effectivement un intérêt dans un cadre pédagogique pour créer des cartes visuelles synthétiques et faciliter les apprentissages des étudiants.

La facilitation graphique et le collaboratif

Le scribing est une activité qui initialement accompagne le travail collaboratif (voir l'article d'Axelmage à ce sujet) Le compte-rendu visuel ainsi produit à la vue de tous est un élément d'ancrage du travail collectif réalisé.

En ce sens, il favorise aussi la mémorisation et la compréhension des participants qui en bénéficient.

En conclusion, bien que proche du sketchnoting dans l’utilisation qu’elle fait d’une combinaison de mots et d’images dessinées pour rendre compte d’un sujet, la facilitation graphique est donc sensiblement différente du sketchnoting dans ses conditions d’exécution et ses objectifs.

Il ne s’agit pas de trouver une pratique plus intéressante qu’une autre mais d’utiliser à bon escient chacune.

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