Facilitation graphique

Comment devenir facilitateur graphique ?

11 octobre 2016
Comment devenir facilitateur graphique ?

Comment devenir facilitateur graphique ?

Chaque personne qui souhaite devenir facilitateur graphique me pose régulièrement la question du parcours, et des conditions du métier.


Je me propose donc, dans ce post, de partager quelques connaissances sur le sujet. Cela n’a pas valeur d’étude scientifique et je ne fais état ici que de mon expérience et de celle des confrères et consoeurs que je côtoie.


Le métier s’étant développé depuis plus longtemps dans les pays anglo-saxons, en particulier aux Etats Unis, je vous invite à lire le témoignage, sur le même sujet, que Christina Merkley, une facilitatrice graphique américaine d’expérience a posté sur son blog, où elle décrit les conditions du métier et le prix auquel elle vend ses prestations. (Attention toutefois le marché américain n’est pas le même que le marché français et Cristina est une facilitatrice graphique internationale et chevronnée).

La profession de facilitateur graphique est encore jeune en France. Seul un nombre restreint de personnes en font réellement leur métier, bien qu’un nombre croissant de personnes s’en réclament. (En novembre 2020, en France, 14 900 personnes inscrivent les termes facilitateur graphique ou facilitatrice graphique ou facilitation graphique dans le titre associé à leur profil professionnel sur le réseau social Linkedin. )


Bien sûr, la communauté des personnes utilisant les principes de la facilitation graphique pour les appliquer à leur domaine d’activité ou à leur pratique, est beaucoup plus importante.

Devenir facilitateur graphique : quel parcours ?

Mon propre parcours est le suivant : architecte de formation, je suis habituée à transposer la description que font des personnes de leurs besoins dans un langage visuel : celui des espaces et des flux. Je suis aussi formée à la facilitation de dynamiques collaboratives. Mais ce n’est pas LA seule voie de formation, bien sûr.


Au sein des facilitateurs graphiques, on trouve soit des illustrateurs, des graphistes, des dessinateurs humoristes, qui ont étendu le champ de leur pratique au scribing (ou graphic recording), soit des formateurs, coachs, consultants, traducteurs, personnes issues de métiers qui n’utilisent à priori pas le dessin, qui se sont formés à la facilitation graphique et qui, à force de pratique, en ont fait leur métier.

En ce qui concerne les facilitateurs graphiques, qui combinent le scribing et la facilitation d’ateliers collaboratifs, on trouve des architectes mais aussi des consultants à l’accompagnement du changement et à nouveau, des personnes issues des métiers de l’image, qui ont complété leur pratique du dessin, en se formant à l’accompagnement de groupes.

Comme le métier de facilitateur graphique suppose à la fois de dessiner mais aussi de structurer de l'information, et surtout avant tout de la comprendre, tout ce qui peut vous permettre d'aiguiser votre sens de l'écoute, votre capacité à vous plonger dans des sujets très variés et de les comprendre rapidement et votre capacité à composer spatialement des informations sera le bienvenu.

Par ailleurs, les facilitateurs graphiques interviennent aussi en sous-traitance de professionnels qui accompagnent le changement (coachs, facilitateurs de l'intelligence collective, spécialistes du design thinking ou de l'agilité...) ou de consultants ou de formateurs, ou d'organisateurs d'évènement, entre autres. C'est pourquoi, connaître les spécificités de ces métiers est aussi un élément de culture important à acquérir.

Se former à la facilitation graphique

Il existe un grand nombre d'offres de formations à la facilitation graphique dans des formats multiples, la plupart du temps courts (1 ou 2 jours), dispensées soit par des indépendants dont c'est le métier, des formateurs professionnels, ou des écoles d'art.

Suivre une formation de 2 jours en facilitation graphique vous permettra en principe de faire l'acquisition du vocabulaire visuel, de comprendre la structuration et de découvrir des modalités d'application. En revanche n'espérez pas en 2 jours avoir la capacité à produire des fresques de scribing dignes d'un professionnel. Il vous faudra acquérir de la pratique, pendant un temps variable qui dépend de votre niveau initial en écoute, capacité de compréhension, capacité de modélisation, capacité de transcription visuelle.

S'entrainer à la facilitation graphique

Comme vous l’avez remarqué dans ce que vous venez de lire, la question de la pratique est essentielle. (...mais avoir de l’expérience passe invariablement par là, non ?)


Je peux vous citer l’exemple d’une personne que j’ai formée. Elle avait des difficultés à dessiner lisiblement. Trois mois après la formation, à force de pratique quotidienne et de beaucoup de volonté de sa part, elle avait transformé son style, avait des retours très positifs de ses clients qui trouvaient l’usage du visuel dans le cadre des formations qu’elle donnait, très appréciable pour leur compréhension et leur apprentissage.

Pratiquer, oui, mais où et comment ?

Vous assistez à une conférence ? C’est l’occasion de faire du sketchnoting (prise de notes visuelles pour vous)

Vous avez un moment de libre ? Affichez une feuille de paperboard au mur, lancez une vidéo et exercez vous.

Vous aimez tel dessin ? Copiez le et entrainez vous à le reproduire.
Vous aimez un style ? Analysez les éléments qui le composent et reproduisez-le.

Vous avez connaissance d’un évènement collaboratif ouvert au public ? Proposez vos services pour le scribing.

—> Voilà autant d’occasions de vous entrainer. A minima: 5 minutes par jour, posez-vous une colle : comment est-ce que je dessinerais cette expression (ce mot / cette idée / cette situation) ? Et répondez-y en image !

—> Certains de mes confrères ont créé Un picto par jour : un site alimenté par des facilitateurs graphiques, qui permet de voir et comprendre comment réaliser des pictogrammes par thèmes.

Facilitateur graphique : quelle pratique, dans quelles conditions ?

Devenir facilitateur graphique peut prendre, entre autres, la forme du « scribing » :
Il se fait dans le cadre d’un évènement (conférence, atelier de groupe, réunion, CODIR, etc..) où vous êtes invité(e) par l’organisateur qui fait appel à vous (c’est rarement le client en direct sauf s’il vous connait) à capter les contenus, les émotions, ou tout autre chose (si rien n’est précisé, je vous conseille de faire préciser les attentes ou de dire ce que vous serez en mesure de faire) de ce qui se passe lors de cet évènement.

Pratiquer le scribing ou graphic recording


Attention, les commanditaires n’imaginent pas toujours que du travail en sous-groupes sera délicat à capter pour vous, si vous n’avez pas de rapporteur par table qui vous donne la matière au fur et à mesure (et vous en décode le contenu parfois ardu s’il est jargonnant ou allusif.) ou si vous n’avez que 15 minutes à la fin pour entendre tous les contenus d’un seul coup. Faites vous bien préciser le déroulé envisagé et les modalités de travail.
Autre point souvent critique: les conditions matérielles de la salle: un espace plane, lisse, de 3 à 5 m de long pour afficher votre papier est parfois difficile à obtenir. Dans les cas, où ce n’est pas possible, il faut inventer des solutions: panneaux amovibles, supports en cartons, feuilles découpées plutôt qu’une grande fresque d’un seul tenant. C’est un point important de la mise en oeuvre.
Souvent le travail ne s’arrête pas là : il faut prendre en photo la ou les fresques, les numériser et nettoyer les fichiers avec un logiciel adéquat (long et fastidieux, mais indispensable pour le client, qui appréciera de garder un fichier numérique, même s’il apprécie d’afficher quelques temps la fresque dans ses locaux).


Selon les personnes, le jour « J » est précédé (ou pas) d’une phase de préparation. Pour ma part, je cherche souvent le vocabulaire en rapport avec l’évènement et je réfléchis à l’avance à sa transcription graphique.

D’autres confrères sont plus à l’aise dans la production immédiate, sans préparation. A vous de trouver ce qui est confortable pour vous.

Pratiquer la facilitation graphique en appui de la facilitation

Devenir facilitateur graphique peut prendre aussi une autre forme, dans la pratique :
Elle se fait dans le cadre d’un évènement de groupe participatif ou collaboratif (réunion, séminaire, ..). Votre travail consiste à concevoir les supports visuels qui permettront de collecter les contenus produits par les participants pendant l’évènement, co-animer et restituer graphiquement la totalité de l’évènement.


Cette pratique suppose de comprendre le métier d’un facilitateur (tout court). Elle suppose aussi d’utiliser le visuel pour faciliter les réponses que le groupe doit produire et valoriser ses idées en mettant en valeur leur production.


La phase de préparation est longue, puisqu’elle comprend les étapes de compréhension du design du facilitateur et de préparation des supports visuels (templates).
Le temps de restitution post-évènement est sensiblement le même que pour un graphic recording. Il faudra aussi photographier et numériser la production, nettoyer les fichiers et fournir un compte-rendu visuel.

A quel tarif se vendre ?

Voici LA QUESTION TABOUE en France où parler d’argent semble toujours être aussi délicat. Pourtant, pour qui souhaite devenir facilitateur graphique, il est indispensable d’en avoir une petite idée.
Tout d’abord, il s’agit d’un prix à la journée. Prétendre payer un facilitateur graphique ou un graphic recorder à l’heure n’a pas de sens. Avec ce qui est écrit précédemment, vous comprenez bien que même une intervention d’une demi-journée suppose un travail plus large, incluant la préparation (connaissance du sujet) et la post-production (nettoyage des fresques).

Par ailleurs, n’oubliez pas de compter la cession des droits (dans une géographie et une durée à définir)

Les prix pratiqués en scribing vont, à ma connaissance en France de 1.600 euros HT / jour en prix plancher à sensiblement plus, pour des intervenants chevronnés, reconnus et internationaux.
Les critères d’appréciation des prestations dépendent de ce que le client attend :

  • la lisibilité du travail final,
  • la qualité du style graphique,
  • la capacité à capter et retranscrire pour certains l’émotion, pour d’autres la structure ou les contenus, ou tout cela à la fois, le multi-linguisme,

Les prix pratiqués en facilitation graphique, en appui de la facilitation d’ateliers collaboratifs sont des prix qui s’apparentent aux honoraires des consultants (bien que le métier ne soit pas le même). Ils vont de 1.600 euros HT/jour à beaucoup plus en fonction de la notoriété, la taille et l’expérience du cabinet.


Nos derniers articles

Découvrez notre blog