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Comment devenir facilitateur graphique ?

Chaque personne qui souhaite devenir facilitateur graphique me pose régulièrement la question du parcours, et des conditions du métier.

Je me propose donc, dans ce post, de partager mes connaissances sur le sujet. Cela n’a pas valeur d’étude scientifique et je ne fais état ici que de mon expérience et de celle des facilitateurs/trices graphiques que je côtoie.

Le métier s’étant développé depuis plus longtemps dans les pays anglo-saxons, en particulier aux Etats Unis, je vous invite à lire le témoignage, sur le même sujet, que  Christina Merkley, une facilitatrice graphique américaine d’expérience a posté sur son blog, où elle décrit les conditions du métier (à ceci près que le marché américain ou international n’est pas le même que le marché français et qu’il faut se garder de faire des transpositions au pied de la lettre) et le prix auquel elle vend ses prestations, sachant que c’est une facilitatrice graphique internationale et chevronnée.

 

La profession de facilitateur graphique est encore, en France, « confidentielle ». Seul un nombre restreint de personnes en font réellement leur métier. Je n’ai pas trouvé de chiffres sur le sujet. Je dirais moins d’une centaine au moment où j’écris, si on confond scribeurs et facilitateurs graphiques qui peuvent d’ailleurs être les mêmes personnes.

Bien sûr, la communauté des praticiens du visuels, comme je les appelle, c’est à dire des personnes utilisant les principes de la facilitation graphique pour les appliquer à leur domaine d’activité ou à leur pratique, est beaucoup plus importante.

Devenir facilitateur graphique : quel parcours ?

Mon propre parcours est le suivant: je suis architecte, donc habituée à transposer la description que font des personnes de leur métier et des besoins qui s’y rapportent dans un langage visuel: celui des espaces et des flux. Je suis aussi formée à la facilitation de dynamique collaboratives. Mais ce n’est pas LA seule formation « initiale » obligée, bien sûr.

Au sein des scribeurs, on trouve soit des illustrateurs, des graphistes, des dessinateurs humoristes, qui ont étendu le champ de leur pratique au scribing (ou graphic recording), soit des formateurs, coachs, consultants, traducteurs et tout autre métier qui n’utilise à priori pas le dessin, qui se sont formés au scribing, à la pensée visuelle ou à la facilitation graphique et qui, à force de pratique, en ont fait leur métier.

En ce qui concerne les facilitateurs graphiques, qui combinent le scribing et la facilitation d’ateliers collaboratifs, on trouve des architectes mais aussi des consultants à l’accompagnement du changement et à nouveau, des personnes issues des métiers de l’image, qui ont complété leur pratique du dessin, en se formant à l’accompagnement de groupes.

Comme vous l’avez remarqué dans ce que vous venez de lire, la question de la pratique est essentielle. (…mais avoir de l’expérience passe invariablement par là, non ?)

Je peux vous citer l’exemple d’une personne que j’ai formée. Elle avait des difficultés à dessiner lisiblement. Trois mois après la formation, à force de pratique quotidienne et de beaucoup de volonté de sa part: il avait transformé son style, avait des retours très positifs de ses clients qui trouvaient l’usage du visuel dans le cadre des formations en anglais qu’il donnait, très appréciable pour leur compréhension et leur apprentissage.

Pratiquer, oui, mais où et comment ?

  • Vous assistez à une conférence? C’est l’occasion de faire du sketchnoting (prise de notes visuelles pour vous)
  • Vous avez un moment de libre ? Afficher une feuille de paperboard au mur, lancez une vidéo et exercez vous.
  • Vous aimez telle représentation ? Copiez là et entrainez vous à la reproduire.
  • Vous aimez un style ? Analysez les éléments qui le composent et reproduisez-le.
  • Vous avez connaissance d’un évènement collaboratif ouvert au public ? Proposez vos services pour le sketchnoting.

—> Voilà autant d’occasions de vous entrainer. A minima: 5 minutes par jour, posez-vous une colle: comment est ce que je dessinerais cette expression (ce mot / cette idée / cette situation) ? Et répondez-y en image !

Devenir facilitateur graphique : quelle pratique, dans quelles conditions ?

Devenir facilitateur graphique peut prendre, entre autres, la forme du « scribing » :

1- Pratiquer le scribing (ou graphic recording, ou prise de note visuelle) se fait dans le cadre d’un évènement (conférence, atelier de groupe, réunion, CODIR, etc..) où vous êtes invité(e) par l’organisateur qui fait appel à vous (c’est rarement le client en direct sauf s’il vous connait) à capter les contenus, les émotions, ou tout autre chose (si rien n’est précisé, je vous conseille de faire préciser les attentes ou de dire ce que vous serez en mesure de faire) de ce qui se passe lors de cet évènement.

Attention ! Les commanditaires n’imaginent pas toujours que du travail en sous-groupes sera délicat à capter pour vous, si vous n’avez pas de rapporteur par table qui vous donne la matière au fur et à mesure (et vous en décode le contenu parfois ardu s’il est jargonnant ou allusif.) ou si vous n’avez que 15 minutes à la fin pour entendre tous les contenus d’un seul coup. Faites vous bien préciser le déroulé envisagé et les modalités de travail.

Autre point souvent critique: les conditions matérielles de la salle: un espace plane, lisse, de 3 à 5 m de long pour afficher votre papier est parfois difficile à obtenir. Dans les cas, où ce n’est pas possible, il faut inventer des solutions: panneaux amovibles, supports en cartons, feuilles découpées plutôt qu’une grande fresque d’un seul tenant. C’est un point important de la mise en oeuvre.

Souvent le travail ne s’arrête pas là: il faut prendre en photo la ou les fresques, les numériser et nettoyer les fichiers sous photoshop (long et fastidieux, mais indispensable pour le client, qui appréciera de garder un fichier numérique, même s’il apprécie d’afficher quelques temps la fresque dans ses locaux).

Selon les personnes, le jour « J » est précédé (ou pas) d’une phase de préparation. Pour ma part, je cherche souvent le vocabulaire en rapport avec l’évènement et je réfléchis à l’avance à sa transcription graphique. D’autres collègues sont plus à l’aise dans la production immédiate, sans préparation. A vous de trouver ce qui est confortable pour vous.

Devenir facilitateur graphique peut prendre aussi une autre forme, dans la pratique :

2- Pratiquer la facilitation graphique se fait dans le cadre d’un évènement de groupe participatif ou collaboratif (atelier, séminaire, CODIR, etc..) où vous êtes invité(e) par le client à l’aider à résoudre sa problématique en appui d’un facilitateur. Votre travail consistera à co-créer avec lui le design sur mesure de l’évènement qui répond à sa problématique, et surtout à concevoir les support visuels qui permettront de collecter les contenus produits par les participants pendant l’évènement, à animer et restituer graphiquement la totalité de l’évènement.

Cette pratique suppose d’être à même de comprendre le métier d’un facilitateur (tout court) et d’adapter l’intervention visuelle de telle sorte que les moments de prise de notes graphiques ne soient pas des temps morts pour votre auditoire.

La phase de préparation est bien sûr indispensable et beaucoup plus longue, puisqu’elle comprend les étapes de co-création du design avec le facilitateur et la préparation des supports visuels (templates).

Le temps de restitution post-évènement est sensiblement le même que pour un graphic recording: il faudra aussi photographier et numériser la production, nettoyer les fichiers sous photoshop et fournir un compte rendu visuel de l’évènement.

devenir facilitateur graphique : à quel tarif se vendre ?

Ah! Voici LA QUESTION TABOUE en France où parler d’argent semble toujours être aussi confidentiel. Pourtant, pour qui souhaite devenir facilitateur graphique, il est indispensable d’en avoir une petite idée.

Tout d’abord, il s’agit d’un prix à la journée. Prétendre payer un facilitateur graphique ou un graphic recorder à l’heure n’a pas de sens : avec ce qui est écrit précèdemment, vous comprenez bien que même une intervention d’une demi-journée suppose un travail plus large, ne serait ce qu’avec la post-production (nettoyage des fresques).

Les prix pratiqués en graphic recording vont, à ma connaissance en France de 1.500 €HT / jour à 4.000 €HT / jour voire plus, pour des intervenants chevronnés, reconnus et internationaux.

Comment juger de la qualité ? Les critères d’appréciation des prestations dépendent de ce que le client attend.

  • La lisibilité du travail final,
  • la qualité du style graphique,
  • la capacité à capter et retranscrire pour certains l’émotion, pour d’autres la structure ou les contenus, ou tout cela à la fois,
  • le multi-linguisme,
  • la notoriété de l’intervenant.

Les prix pratiqués en facilitation graphique sont des prix qui s’apparentent aux honoraires des consultants (bien que le métier ne soit pas le même). Ils vont de 1.500 €HT/jour à environ 2.000 €HT/jour en fonction de la notoriété, la taille et l’expérience du cabinet.

Même s’il semble moins intéressant financièrement d’intervenir comme facilitateur graphique que comme graphic recorder, c’est en réalité le contraire, car une prestation de facilitation représente un nombre de jours plus grand qu’une prestation de graphic recording.